Sur les hauteurs discrètes du Pays Roussillonnais, le regard est aujourd’hui frappé par de larges étendues céréalières où la monotonie des teintes contraste avec les récits d’un paysage autrefois parcellaire et habité. Comprendre comment se sont façonnés ces « plateaux », puis leur mutation au fil du temps, apporte un éclairage précieux sur les relations que les communautés rurales ont entretenues et entretiennent toujours avec leur territoire.
La définition même du « plateau » invite à la nuance. Ici, le terme désigne une zone agricole plane, entrecoupée de faibles dénivellations, perchée à moyenne altitude, en particulier entre la vallée du Rhône à l’est et les contreforts du Massif Central à l’ouest (source : INSEE, Observatoire des territoires). Les plateaux du Roussillonnais couvrent essentiellement la partie nord-est de l’Isère, dans le triangle Roussillon – Saint-Clair-du-Rhône – Salaise-sur-Sanne. Historiquement, ils forment le grenier à blé local, mais ils furent aussi des mosaïques complexes, structurées par l’activité humaine et la diversité paysagère.
L’exploitation historique des plateaux reposait sur l’agriculture de subsistance et la complémentarité des productions. Les événements naturels – sécheresses, gelées tardives ou attaques de parasites – influaient directement sur les stratégies d’occupation du sol (source : Inventaire du patrimoine agricole Rhône-Alpes, 2015).
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Pays Roussillonnais connaît, à l’instar d’autres régions françaises, une transformation rapide et profonde de ses pratiques agricoles :
| Critère | Plateaux historiques | Plateaux actuels |
|---|---|---|
| Structure du paysage | Mosaique de petites parcelles, beaucoup de haies, de murets, de bois et de vergers | Grands champs ouverts, disparition des haies, peu d’arbres isolés |
| Pratiques agricoles | Rotsation des cultures, polyculture céréalière, arboriculture, élevage | Spécialisation (blé, maïs), peu de diversité, usage intensif d'engins agricoles |
| Organisation sociale | Présence de nombreux petits fermiers, hameaux vivants | Exploitations de plus grande taille, habitat regroupé ou déserté |
| Biodiversité | Nombreux oiseaux, insectes, mammifères, diversité florale | Biodiversité appauvrie, présence ponctuelle d’espèces protégées |
| Patrimoine bâti | Nombreuses fermes, murets, éléments hydrauliques | Bâtis souvent abandonnés ou détruits, modernisation des bâtiments restants |
Découvrir les plateaux du Pays Roussillonnais, c’est accepter de porter attention aux signes ténus laissé par les générations précédentes : un vieux chêne têtard isolé, un alignement de pierres à demi-enseveli, le bruit d’un tracteur là où s’entendait un glapissement de renard. La compréhension des différences entre plateaux « historiques » et plateaux « actuels » n’est pas qu’une affaire de nostalgie — mais bien l’occasion, pour chaque promeneur, agriculteur ou habitant, de repenser le territoire comme un espace en mouvement, où l’équilibre entre production, biodiversité et patrimoine reste à inventer.
Poursuivre ce dialogue entre passé et présent, c’est aussi imaginer quel visage auront nos paysages agricoles demain, et comment, à l’échelle du Pays Roussillonnais, ils continueront d’inscrire dans la terre les traces de nos choix collectifs.